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blog de Cyrille Amiel

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Billets d'humeur, articles et chroniques consacrés à la littérature et à la musique

Les origines de : Voile

Le saviez-vous ?

Cette rubrique est l’occasion d’explorer les mots mais aussi les expressions et les usages de notre quotidien afin d’en retrouver les origines sémantiques et/ou étymologiques.

Aujourd’hui, je vous propose de nous intéresser au mot : Voile.

La traduction latine de voile nous mène à « velum » qui résulte peut-être de la fusion de deux mots différents de racine indo-européenne « weg-es-lom » voile de navire et « wes-lom » donnant « vestis », vêtement en latin, vêtir en français.

« Velum » désignait l’étoffe que l’on suspendait au dessus des tribunes lors des fêtes en plein air, afin de protéger les spectateurs du soleil. Aujourd’hui, en français, nous utilisons toujours le mot « velum » pour désigner un toit de toile.

Le verbe dérivé de « velum », « velare » signifie couvrir d’un voile, cacher. Il a bien sûr un contraire, « revelare », dévoiler. « Revelatio » est donc l’action de dévoiler et donnera en français révéler et révélation.

Ainsi « revelare » dévoile et mène à la révélation, alors « velare » couvre d’un voile, occulte et mène à « velum » ce qui protège du soleil, de la lumière.

Le voile apparaît là comme ce qui sépare, protège ou dissimule. Il nous invite à considérer ce qu’il cache, il prend tout son sens lorsque l’on tente de découvrir la chose voilée.

Les origines de : Voile

Le terme est riche de signification symbolique comme en témoigne les différentes civilisations qui en ont l’usage. En ce qui concerne l’Hindouisme, par exemple, ce voile nous sépare de la réalité pure, cette réalité voilée qui se tient au-delà de notre compréhension.

Cette religion évoque « le voile de maya, le monde des phénomènes dans lequel nous vivons, la manifestation du principe qui nous en cache la réalité pure. »

Dans ce cas de figure, le but de l’éveil spirituel est de transcender la dualité symbolisée par le voile et de réaliser que le soi et l’univers ne font qu’un.

Le voile prend alors son sens à travers la quête initiée par l’être humain en recherche de réalisation de soi.

Il invite au dévoilement.

Cette notion d’un voile dérobant la vérité paraît être à l’origine de l’ésotérisme. Elle est commune aux doctrines professant l’existence d’une signification cachée derrière les textes, les mots.

Il apparaît comme le fondement du symbolisme, dont l’objet serait de dévoiler la lumière en la rendant apparente, révélant la vérité.

Le voile est cette frontière entre le visible, l’exotérique et l’invisible, l’ésotérique. Il masque ce qui ne doit pas être vu par le commun des mortels.

Ainsi, il est utilisé dans de nombreux récits issus de la mythologie pour prévenir le chercheur que la vérité ne s’apprivoise pas sans un minimum de précaution.

L’aventure d’Actéon avec Artémis en est un exemple.

Titien, Diane et Actéon

Titien, Diane et Actéon

« Un jour qu'Actéon chassait dans les bois du Cithéron, il se dirigea vers la vallée de Gargagie où il surprit accidentellement Artémis et ses compagnes qui se baignaient nues dans l'onde claire de la source Parthénius située dans une grotte.

La déesse outrée de paraître nue devant un homme, l'aspergea de quelques gouttes d'eau ou récita quelques paroles magiques et Actéon se changea en cerf et s'enfuit dans la profondeur des bois. Dès que la meute eut reniflé l'animal sauvage elle le prit en chasse puis l'ayant rejointe ses chiens se jetèrent sur lui et le mirent en pièces. »

Ce récit semble indiquer que le voile, ici masquant la divinité, est bien là pour protéger l’Homme des conséquences du dévoilement. En effet, « on ne peut supporter de voir sans préparation l’essence ou la nudité du divin. »

La révélation est le terme d’un processus, d’une préparation supposée préserver le chercheur des conséquences indicibles d’une exposition à la vérité.

Le voile suppose une hiérarchie entre, d’une part, les dieux, le divin, la vérité et les êtres humains. Il semble induire la nécessité de l’aveuglement par l’acceptation de notre nature inférieure.

Et d’autre part, hiérarchie entre les êtres humains eux-mêmes, puisqu’il différencie celui qui est apte à la vérité de celui qui ne l’est pas.

Les origines de : Voile

Si on veut lever le voile, on peut voir.

Ainsi, selon les religions monothéistes, Dieu n’est pas voilé, ce sont les êtres humains qui, ignorant de la vérité, sont recouverts d’un voile. Le voile, dans ce cas pourrait symboliser l’aliénation, c’est à dire, le fait d’être étranger à soi-même, à la vérité.

Il devient là, le symbole d’un certain renoncement.

A l’opposé, ce renoncement pourrait aussi être considéré comme l’expression d’une volonté de se consacrer à la recherche de cette vérité en se coupant du monde extérieur et affichant, par le voile, des qualités de modestie et de vertu.

Les multiples interprétations tendent à prouver qu’en effet, la vérité nous est voilée, qu’elle est hors de notre portée.

Le plus sage serait peut-être de mettre les voiles et de laisser retomber le rideau pour retrouver notre velum, à l’abri de la lumière aveuglante.

Cyrille Amiel

Les origines de : Voile

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