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blog de Cyrille Amiel

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Billets d'humeur, articles et chroniques consacrés à la littérature et à la musique

Les origines de : Mort

Le saviez-vous ?

 

Cette rubrique est l’occasion d’explorer les mots mais aussi les expressions et les usages de notre quotidien afin d’en retrouver les origines sémantiques et/ou étymologiques.

Aujourd’hui, je vous propose de nous intéresser au mot : Mort

 

Nos origines indo-européennes, nous proposent des racines intéressantes comme « mer », « mor » ou « mr » évoquant l’idée de mourir.

Le grec reprend « mr » et ajoute « brotos » pour former « mortel », « mbrotos », issu de « mrotos ». Son antagoniste est « amrotos » puis « ambrotos » qui désigne l’immortalité. « Ambrosia » est issu d’ambrotos, elle est la nourriture des immortels.

Dans la mythologie grecque, le nectar d ‘ambroisie est la nourriture des Dieux. Le nectar par lequel, ils acquièrent l’immortalité. Dans la langue française, nous en gardons une trace à travers un prénom paradoxalement de moins en moins usité : Ambroise.

Le latin reprend la racine « mor » pour produire « mors, mortis », qui désigne la mort naturelle. L’accusatif « mortem » donnera, en français, le nom, mort ou la mort.

Le verbe « mori » et son participe « mortuus » donneront au français, le verbe mourir et l’adjectif mort. Enfin, « mortalis » désigne le mortel et « immortalis », l’immortel.

Continuons notre tour d’horizon morbide et interrogeons le francique qui nous donne un verbe « murthrjan », assassiner, dont la sonorité évoque, « meurtre ».

Mais la mort n’est pas seulement un mot, un nom ou un adjectif, elle est aussi un concept et un symbole riche en interprétation. Ses représentations sont, je pense, des tentatives d’exploration de l’inconnu. Elles sont révélatrices de nos peurs, conscientes et inconscientes.

Ainsi, selon les cultures, il n’est pas rare de rencontrer des symboles évoquant l’élément liquide. La mort serait un passage, un voyage mais aussi le fait de sombrer dans une mer ou un fleuve comme le Styx, par exemple.

Charon, Litovchenko

On a retrouvé, dans des tombeaux mégalithiques de l’époque néolithique des gravures murales représentant des cercles concentriques figurant un engloutissement dans les eaux évoquant, peut-être la mort.

Il n’est pas rare de symboliser la mort par un navire transportant les défunts vers l’au-delà et pourquoi pas « l’eau delà », par-delà une mer.

Pour la culture Étrusque, des dauphins et des chevaux marins conduisent les âmes jusqu’aux îles des bienheureux.

Notons que pour les grecs de l’antiquité si Hadès est le dieu du monde des morts, la mort est un autre personnage nommé Thanatos. On peut supposer que la proximité entre la racine de Thanatos et celle de Thalassa, l’océan n’est pas anodine.

Attila au tombeau, Anne-Louis Girodet (1808)

Ainsi, il n’est pas rare d’associer Thanatos à Hypnos, Somnus en latin. Car Hypnos et Thanatos sont frères, Hypnos, fils de la nuit et la personnification du rêve ou du sommeil, un état de conscience modifié. Il est souvent associé à une petite mort. Nous sombrons dans le sommeil comme, peut-être, nous pourrions sombrer dans les eaux sombres de la mort.

Pour la plupart des cultures, la mort n’est pas considéré comme une fin mais comme un état transitoire. L’alchimie évoque la mort comme un personnage muni d’une faux ou d’une faucille dont le mouvement permettant de faucher les vies serait inversé par rapport au mouvement des agriculteurs. En effet, la mort faucherait de gauche vers la droite, c’est à dire de senestre à dextre, du sinistre au lumineux ce qui indiquerait qu’elle ne fauche pas tant les vies mais plutôt les illusions liées à la matière et à l’ignorance de celui qui n’a pas atteint la connaissance. La mort représenterait une étape d’ou pourrait se déployer une autre phase de la recherche sur soi.

Dans notre monde moderne, il subsiste des fêtes comme Halloween, la fête des morts, qui évoquent d’une part, la nécessité de rendre hommage aux défunts et d’autre part, une porosité entre le monde des vivants et le monde des morts.

La mort et la naissance sont les marqueurs temporaux de notre existence. Ils sont indissociables et évoquent, selon moi, l’idée d’un cycle. La vie serait, peut-être à apprécier, non pas au niveau de notre existence en tant qu’humain, mais au sens large du terme. Un souffle, un élan venant féconder d’autres formes d’existences, et pourquoi pas, une autre façon de vivre ?

 

Cyrille Amiel

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