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blog de Cyrille Amiel

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Billets d'humeur, articles et chroniques consacrés à la littérature et à la musique

Mister... Thelonius Sphere Monk

Mister... Thelonius Sphere Monk

Thelonius Sphere Monk est né à Rocky Mount en Caroline du nord, États Unis d’Amérique, le 10 octobre 1917. Sa famille s’installe à New York quatre ans plus tard et emménage dans le quartier de San juan Hill à l’ouest de Manhattan.

Le jeune Thelonius débute le piano très jeune, d’abord tout seul puis, vers onze ans, il prend des cours avec un professeur, un certain Monsieur Wolf. Comme pour la plupart des musiciens noirs américains de l’époque, l’église tient une place prépondérante dans son apprentissage et sa pratique musicale. Il accompagne à l’orgue et au piano, sa mère, témoin de Jéhovah.

Thelonius part même plusieurs années avec une prêcheuse appartenant à une communauté évangéliste itinérante, à travers l’Amérique. Il intègre le groupe qui accompagne musicalement les prêches.

« On faisait du rock’n roll, ou du rythm’n blues… » rapporte Laurent de Wilde dans son livre consacré au musicien « Monk » aux éditions Folio. Il a alors dix sept ans et restera deux ans avec cette prédicatrice. Il finit par rentrer à New York et participera au développement du Bebop aux côtés de Dizzy Gillespie, Charlie Parker et bien d’autres. Pourtant son style unique, reflète une originalité qui tend à transcender les styles et les modes. « Straight no chaser » comme treize autres morceaux enregistrés pendant la même période (1947) vont marquer sa carrière malgré un succès mitigé lors de leur parution. Les titres connaîtront une popularité tardive, à l’exemple de Round midnight qui le sera grâce au film de Tavernier « Round midnight » diffusé dans les années 80.

Mister... Thelonius Sphere Monk

Ce qui, je crois, apparaît de l’enfance de Monk c’est l’absence de son père. L’absence de figure paternelle est indéniablement un des facteurs expliquant la vie mouvementée du pianiste.

En 1951, par exemple, il est arrêté avec Bud Powel pour usage de stupéfiants. Au terme de deux mois de prison, il perdra sa carte de travail, ce qui, naturellement, lui interdira de travailler dans les clubs de New York jusqu’en 1957 !

En 1963, il déclare aux journalistes : « Est-ce vous vous rendez compte de ce que cela représente pour un musicien d’être devant la porte d’un club, d’entendre du dehors ses propres compositions et de ne pas pouvoir entrer ? »

On raconte qu’en 1972, il brise les touches d’ébène de son piano puis rentre dans un mutisme que la mort elle-même ne rompra pas en 1982 !

Mister... Thelonius Sphere Monk

Dans le documentaire de Charlotte Zwering, produit par Clint Eastwood, Thélonius semble souvent habité par une énergie étrange. Il apparaît comme une sorte de géant au propre comme au figuré ! Dès les premières minutes, sur scène, il porte un bonnet et tourne sur lui-même pendant les chorus des autres musiciens. On ne peut qu’être surpris par le personnage et par sa façon singulière de jouer du piano. Je me souviens de ses doigts gigantesques, raides, tournés en arrière, frappant sur le clavier à la manière d’un percussionniste.

Il est coutumier d’affirmer qu’il y a de la folie dans le génie, je pense que c’est particulièrement juste concernant Monk, tant le musicien a su cultiver l’ambiguïté. De ce fait, il devient difficile d’analyser sa musique comme en témoigne les avis extrêmement divergents des spécialistes. En effet, pour certains, Monk est un maitre, possédant une technique irréprochable (Ran Blake), pour d’autres, le pianiste ferait preuve d’absence de technique (André Hodeir), expliquant, les nombreuses « fausses hésitations » ou les dissonances « incongrues ».

Mister... Thelonius Sphere Monk

Selon la légende, lors d’un enregistrement, le pianiste se serait arrêté affirmant qu’il avait fait une « fausse erreur ».

Un autre histoire, met en évidence un caractère bien trempé. En quartet, Monk, pour l’exposition de la mélodie, joue le thème en même temps que son saxophoniste. La chose est paraît-il prohibée mais Monk fait ce qu’il veut et impose ses propres règles aux plus grands comme Coltrane, Rollins ou Mulligan. Par contre, Miles Davis refuse et fait taire Monk lors de ses chorus. En représailles, le pianiste ne jouera pas pendant son propre chorus ! (The man I love).

J’ai toujours trouvé Monk, à la fois, attachant et inquiétant. Sa musique est naturellement à son image et constitue une éternelle redécouverte. Il semble poser un regard singulier sur notre monde, son approche de la dissonance place son oeuvre tel un pont entre le jazz et la musique classique contemporaine.

Si vous souhaitez approfondir le sujet, je vous recommande de lire par exemple, « Monk » de Laurent de Wilde aux éditions Folio, ainsi que « le dictionnaire du Jazz » aux éditions Robert Laffont.

Cyrille Amiel

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