Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
blog de Cyrille Amiel

blog de Cyrille Amiel

Billets d'humeur, articles et chroniques consacrés à la littérature et à la musique

Piotr Ilitch Tchaikovsky, l'ouverture fantaisie de Roméo et Juliette

Deuxième partie.

Nous retrouvons Tchaikovsky quelques années avant la mort de sa mère.

Il poursuit, en parallèle de ses études de droit en 1850, son apprentissage du piano et prend des cours de chant. Il commence à créer et compose une pièce après la mort de sa mère, dont on ne retrouve pas la trace (vraisemblablement 1855).

Lorsque son père questionne Monsieur Rudolph Kündinger, son professeur de piano, sur la pertinence d’une carrière de musicien, il le décrit comme quelqu’un ne possédant pas de don exceptionnel pour la musique.

« Non, il ne présente aucun signe de génie… »

On imagine, facilement l’état d’esprit du jeune homme encore sous le coup de la perte de sa mère.

En 1859, Tchaïkovsky obtient son diplôme de droit et rentre au ministère de la justice en qualité de secrétaire. Le compositeur vit, alors une période de transition, entre 1859 et 1863 pendant laquelle, il va exercer son nouveau métier tout en continuant de s’intéresser au monde musical et à prendre des cours au conservatoire de Saint-Pétersbourg pour apprendre la composition, l’orchestration, la flûte et l’orgue.

Conservatoire de Saint-Pétersbourg

Conservatoire de Saint-Pétersbourg

Il prendra aussi trois mois de congé afin d’accompagner un ami de son père, en qualité d’interprète, lors d’un voyage qui l’amènera à visiter les capitales européennes. En 1863, il démissionne de son poste de fonctionnaire et se consacre complètement à la musique.

Ce qui l'amène à prendre cette décision est un mystère mais on peut imaginer que la passion de la musique fut plus forte que les objections de son professeur de piano. A mon avis, c'est le voyage mais par dessus tout l'influence des frères Rubinstein qui auront été prépondérants dans son choix.

Anton Rubinstein

Anton Rubinstein

En 1866, il obtient un poste de professeur de composition et d’harmonie grâce au frère d’Anton Rubinstein, Nicolaï qui avait fondé à Moscou une filiale de la société musicale russe. Cette filiale devint le conservatoire de Moscou et accueillit donc Tchaïkovsky comme professeur d’harmonie.

conservatoire Tchaikovsky de Moscou

conservatoire Tchaikovsky de Moscou

En 1868, il entre en relation avec Rimski Korsakov et le groupe des cinq (César Cui, Borodine, Moussorski, Korsakov, Balakirev) avec lequel on dit qu'il entretiendra une relation de méfiance mutuelle.

« Groupe des Cinq, à l’égard duquel, on le sait, ses sentiments sont très mélangés. » (Histoire de la musique occidentale, Massin)

Clairement, Tchaikovsky reproche au groupe leur manque de technique de composition. Le musicien se sentait-il mal à l'aise au point de se réfugier derrière son expertise ?

En retour, le « groupe des cinq » lui reprochait l’absence d’identité russe dans ses compositions. La volonté des "cinq" étaient de construire un ensemble d'oeuvres exprimant l'âme Russe, de créer une culture musicale russe en faisant référence à la littérature et au patrimoine de leur pays. Il est probable que l'ouverture sur l'Europe dont Tchaikovsky faisait preuve et sa sensibilité française par sa mère aient notablement influencé son oeuvre. Face à cette crispation identitaire, le compositeur n'aura de cesse d'affirmer son attachement à son pays en le scandant de façon quasi incantatoire.

Cette année là, est marquée aussi par sa rencontre avec Désiré Artôt, une soprano Belge avec qui, il est question d’un mariage. Celui-ci ne se fera pas, pour plusieurs raisons, semble t-il.

La principale m’apparaît être l’homosexualité de Tchaikovsky qui a peut être vu dans cette union, une façon d’être « socialement » intégré dans une Russie qui alors n’accueillait pas vraiment favorablement l’homosexualité.

Peut-on mettre en relation cette déconvenue amoureuse avec son œuvre l’ouverture de Roméo et Juliette ?

Peut-on voir dans cette évocation de l’amour impossible et de la passion destructrice, l’expression symbolique de ses propres frustrations liées à l’impossibilité de vivre selon ses choix ?

J’aime le croire car dans cette œuvre coexistent trois thèmes : L’amour, la mort et le destin.

Cette œuvre fut très controversée et plutôt mal aimée. Balakirev qui sembla avoir été à l’origine de la composition fut très critique à son égard ce qui invita Tchaïkovsky à la remanier une année plus tard puis dix ans après ! (La dernière version date de 1880) Tout en étant considérée par beaucoup comme son premier chef d’œuvre, elle ne fut pas un succès à l’époque.

Cyrille Amiel

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article