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blog de Cyrille Amiel

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Billets d'humeur, articles et chroniques consacrés à la littérature et à la musique

Le poids du papillon, Erri de Luca

Quelque part dans les alpes italiennes, un chamois domine sa harde depuis des années. D’une taille et d’une puissance exceptionnelles, l’animal pressent pourtant que sa dernière saison en tant que roi est arrivée.

En face de lui, un braconnier revenu vivre en haute montagne, ses espoirs en la Révolution déçus, sait lui aussi que le temps joue contre lui. Sa dernière ambition de chasseur sera d’abattre le seul animal qui lui ait toujours échappé.

Et puis, face à ces deux forces, il y a la délicatesse tragique d’une paire d’ailes, cette « plume ajoutée au poids des ans ».

 

Mon avis :

Erri De Lucca nous propose un roman à deux voix, un duo formé de personnages hors norme. Dans leur univers respectif, ils présentent des caractéristiques extraordinaires et constituent les deux faces d’un même rôle : le roi de la montagne. Pour les chamois, le roi est cet animal aux dimensions inhabituelles. Physiquement, il présente un poids et une taille qui lui ont permis de s’imposer toute sa vie face aux prétendants au trône. L’auteur nous décrit un animal intelligent, conscient de la menace des hommes et de la relation qui l’oppose au chasseur.

Il le sent depuis des années et déjoue toutes ses tentatives pour le tuer. Pourtant, un matin : « Ce jour de novembre, le roi reconnut son déclin. »

Au fil des pages, le lecteur découvrira la vie des deux protagonistes. Leur désillusion, leur rapport à la nature et à cette montagne qu’ils partagent. Avec la solitude pour ombre, le chasseur ressent lui aussi sa fin prochaine. Dans son abri en pierre au cœur de la montagne, il décide de tuer celui qui lui échappe depuis toujours. Il sent que ce meurtre sera son ultime acte sur cette terre.

« L’homme avait déjà un certain âge, une grande partie de sa vie à monter braconner en montagne. »

Au cours de cette dernière chasse, le fil de son existence se déroulera et sonnera comme son requiem. Le vieux chasseur reverra, entre autre, les quelques femmes qu’il a croisées dans sa vie.

« Il avait rencontré des femmes qui l’avait voulu et pris comme un caillou par terre. »

La fin de l'histoire est de toute beauté, aussi je ne vous la révèlerai pas. Même si, pour moi, l’intérêt du roman n’est pas tellement dans le dénouement mais dans le cheminement qu'il induit.

Le poids du papillon (blanc), c’est le doigt de dieu, le souffle du divin faisant basculer les destins. Ce texte est un dialogue avec Dieu que l’auteur ne cesse de nous faire partager tout au long de son œuvre.

Au terme du livre, l’éditeur nous propose la lecture d’une nouvelle « Visite à un arbre » qui s’inscrit complètement dans le même ton, la même tonalité que « Le poids du papillon ». C’est un texte poétique teinté de symbolisme dont Erri De Luca a le secret. Une histoire entre un alpiniste et un pin des Alpes. Un arbre au bord de la falaise, bravant le vide. Une relation amoureuse entre un homme et un arbre. Une parenté improbable et pourtant nécessaire pour ceux qui, vraisemblablement comme l’auteur, ressentent le besoin de l’enracinement.

Les romans d’Erri De Luca sont des fenêtres ouvertes sur la vie des hommes et leurs difficultés à résoudre les contradictions qui les habitent. Pourtant, il n’y a pas de violence dans les propos de l’auteur, juste une certitude. Un soupçon de paix au bout du chemin.

 

Cyrille Amiel

 

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