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blog de Cyrille Amiel

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Billets d'humeur, articles et chroniques consacrés à la littérature et à la musique

Autoportrait de l'autre, de Chahdortt Djavann

« C’est fini… » Ainsi commence le roman fiévreux de Chadortt Djavann, qui se glisse dans la peau d’un homme au seuil de la mort. Dans un monologue intérieur bouleversant, où les images de l’enfance, de la mère, de l’amour et de la guerre s’entremêlent, l’auteur met à nu la vie d’un grand photographe de guerre.

Un bras de fer entre le personnage et sa vie dont il voudrait comprendre le sens. Pourquoi a t-il passé des années à traquer des images de mort ? Sur quelles souffrances, sur quelles absences s’est-il construit au point de ne plus se reconnaître dans cet autre qu’il est devenu ?

Une écriture haletante, violente, sans concession, dans laquelle les pulsions de vie et de mort sont face à face.

 

 

Mon avis : Dès les premières pages le lecteur en prend pour son grade. Nous sommes spectateurs de l’agonie tourmentée d’un homme dont la complainte n’est interrompue que par les accusations qu’il profère envers l’humanité tout entière. L’auteur s’adresse à nous directement et nous prend à partie. Elle nous met face à nos contradictions et nos lâchetés.

Le style est haché, les phrases sont courtes et semblent à l’unisson d’un souffle qui peine à soulever une cage thoracique devenue trop lourde. Le poids des remords et des questions existentielles paraît peser sur la conscience de cet homme en fin de vie.

À travers son personnage, l’auteur semble vouloir nous faire prendre conscience de la fragilité de l’existence. Elle créée un être animé par le désespoir et par un cynisme tels qu’il en devient abjecte. Je frémis à l’idée qu’il puisse incarner, à ses yeux, tous les hommes.

Les personnages féminins du livre me semblent être des représentations archétypées, des projections de l’auteur. Nous pouvons scinder le récit en deux parties : la première partie, bretonne est animée par des femmes soumises, inexistantes, effacées, dont la seule raison de vivre semble être la souffrance muette et le travail harassant.

La deuxième partie, parisienne est animée par des femmes, en apparence, plus libres, maîtresses de leur sexualité, de leur désir, de leur plaisir. Cette représentation de la femme libérée est incarnée à son paroxysme par le dernier personnage féminin, Lilith, véritable emblème de la lutte contre le patriarcat.

Il est difficile de ne pas faire un parallèle avec l’histoire de l’auteur et j’imagine que ce roman résonne en écho de sa mélopée personnelle. Une autobiographie de l’autre, pas toujours très agréable à lire tant la souffrance jaillit à chaque élément de ponctuation. Un malaise constant entretenu tout au long du récit jusqu’au point final.

Cyrille Amiel

 

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