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blog de Cyrille Amiel

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Billets d'humeur, articles et chroniques consacrés à la littérature et à la musique

The Dave Brubeck Quartet, Take five

Après avoir étudié le piano et le violoncelle, Dave Brubeck suit brièvement l’enseignement de Shöenberg et de Darius Milhaud au Mills Collège d’Oakland pour devenir compositeur.

Il fonde le Dave Brubeck Quartet en 1951 avec Paul Desmond au sax alto, Eugène Wright à la contrebasse et Joe Morello à la batterie. Cette rencontre va donner naissance à « Time out » qui est l’un des albums les plus connus aux Etats Unis sur lequel figure le fameux « Take five », titre qui marquera le quartet à vie. L’album a été enregistré en 1959 par Columbia et rendra le groupe populaire dans le monde entier.

Paul Desmond, le soliste du groupe, de son vrai nom Paul Breitenfeld, a débuté la musique en pratiquant la clarinette. Son père, organiste pianiste est son premier professeur. Paul poursuivra l’apprentissage de la musique à l’école polytechnique et au collège d’Etat de San Francisco.

En 1950, il opte pour le sax alto, néanmoins l’influence de son instrument d’origine marquera définitivement sa manière de jouer. En effet, le son inimitable de ses prestations au saxophone font référence aux caractéristiques sonores de la clarinette. De plus, il n’aura de cesse de se réclamer de l’influence de Benny Goodman, le célèbre clarinettiste adoré de son père.

«Je suis, disait-il, le saxophoniste désincarné du quartet de Dave Brubeck.»

Alain Gerber, dans son livre « Paul Desmond et le côté féminin du monde »

Alain Gerber, dans son livre « Paul Desmond et le côté féminin du monde », décrit un homme nonchalant dont les seules préoccupations semblent être la compagnie des femmes et de l’alcool. Il se présentait comme un littéraire, un écrivain en devenir, évoquant un roman qu’il n’écrira jamais.

« Je voulais devenir écrivain, je crois que c’est ma seule porte de sortie, en dehors du métier de musicien. »

Il cultivait essentiellement les bons mots et les phrases assassines, ce qui, vraisemblablement, lui permettait de survivre dans un milieu qui n’épargnait personne. Son malaise le rendait distant et il s’était construit, afin de se préserver, un personnage de dandy, toujours tiré à quatre épingles, le distinguant de ses camarades de jeu, plus décontractés, au moins dans leur tenue.

En 1956, Joe Morello rejoint le quartet. C’est un batteur de talent et immédiatement, Desmond se sent intimidé par le musicien. Déstabilisé, il l’aurait gratifié d’une remarque acide qui aurait blessé Joe. Pour se faire pardonner, Paul Desmond aurait composé « Take Five » morceau en 5 temps par mesure (5/4) destiné à mettre le batteur en valeur.

Durant la période de collaboration au quartet de 1956 à la dissolution du groupe en décembre 1967, Joe Morello perd lentement et définitivement la vue. Joe est né partiellement aveugle à Springfield, Massachusetts en 1928. Il apprend le violon jusqu’à l’âge de douze ans puis commence la batterie à quinze ans. Il poursuivra une carrière double de batteur et d’enseignant. Aujourd’hui, il donne toujours des cours particuliers à New York et au Dorn and Kirschner Music.

Eugène Wright est né à Chicago en 1923. Il étudie d’abord le cornet et travaille la basse en autodidacte avant de prendre des leçons avec Paul Grégory. Il rejoint le quartet de Dave Brubeck en 1958 et restera jusqu’à sa dissolution. Le couple musical qu’il forme avec Joe Morello reste le parfait exemple dans l’histoire des petites formations de jazz (Dictionnaire du jazz, robert Laffont).

The Dave Brubeck Quartet, Take five

Il faut rajouter, je pense, que ce disque fut en compétition pour la première place dans le top 50 de l’époque avec Kind of blue de Miles Davis. J’y vois là une opposition de style qui exprime aussi la situation politique et sociale imposant la ségrégation à cette période aux Etats Unis. D’un côté, un Jazz plongeant ses racines dans le blues (Kind of blue) de l’autre, un jazz plus européen en référence au parcours musical de Dave Brubeck et de Paul Desmond : l’un ayant fait des études classique avec Shöenberg, l’autre bénéficiant d’un enseignement transgénérationnel de culture juive. De cette façon notre écoute dépassera le strict aspect esthétique en permettant une lecture plus approfondie incluant la conjoncture.

Afin de poursuivre cette réflexion, je vous invite à écouter le disque et à lire « Paul Desmond et le côté féminin du monde » d’Alain Gerber aux éditions Le livre de poche ainsi que « le dictionnaire du jazz » de Philippe Carles, André Clergeat, Jean Louis Comolli aux éditions Robert Laffont.

Cyrille Amiel

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