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blog de Cyrille Amiel

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Billets d'humeur, articles et chroniques consacrés à la littérature et à la musique

Miles Davis, Kind of blue

Miles Davis, Kind of blue

Le 2 mars 1959 à 14H30, les premières notes de musique de l’album qui allait devenir l’œuvre majeure de Miles Davis retentirent dans le studio de la 30ème rue.

Le studio de la 30ème rue naquit au 207 East 30th Street, tout près de Third Avenue et à l’ombre de l’Empire State Bulding. La Columbia avait investi l’église grecque orthodoxe après avoir été virée en 1946 du précédent studio d’enregistrement, Liederkranz Hall, par CBS, compagnie parente de Columbia.

« Le studio faisait trente trois mètres sur trente trois et était très haut de plafond, la salle était grandiose… »

Irving Townsend, producteur de Miles Davis avait réservé le salle pour deux séances consécutives de 14h30 à 17h30 et de 19h à 22h. Il faut imaginer l’ambiance du moment :

Le batteur était affairé au montage de son instrument pendant que les autres membres du sextet arrivaient les uns après les autres et suspendaient leurs manteaux au portemanteau près de la porte.

Il y a là, Miles Davis, bien sûr, mais aussi Cannonball Adderley (sax alto), John Coltrane (sax ténor), Bill Evans (piano), Paul Chambers (bass) et Winton Kelly (piano) furieux de voir Bill Evans assis au piano à sa place. Il avait l’habitude de venir au studio en taxi étant allergique au métro. Il avait donc deux raisons d’être contrarié : d’une part, parce que Miles Davis ne l’avait pas prévenu de la présence de Bill (et il était persuadé à ce moment de ne pas être de la partie) et d’autre part, parce qu’il avait payé le taxi ! Rapidement, Miles Davis le rassura de façon laconique sur sa participation au projet. En effet, il enregistrera le morceau « Freddie Freeloader ».

« Jimmy Cobb était arrivé en avance pour se donner le temps de monter sa batterie et de laisser les ingénieurs décider de l’endroit où il devait l’installer… »

Les musiciens s’installent, les valises d’instruments sont posées sur des tabourets ou des chaises. Ils vont et viennent dans le studio étudiant les arrangements de tête. Les saxophonistes, la cordelière autour du cou et leur anche dans la bouche, montent leurs saxophones. Bill Evans est déjà assis devant son clavier fraîchement accordé par l’accordeur qui attend dans les coulisses. Les trois « gros » (contrebasse, piano, batterie) sont prêts, ils attendent les instrumentistes à vent. Miles Davis chauffe son embouchure en soufflant des notes.

Miles Davis, Kind of blue

« Dans la cabine de son, Bob Waller avait placé une bobine de bande magnétique Scotch 190 dans chacun des deux magnétophones Ampex afin d’enregistrer simultanément un master et une bande de secours. »

Les musiciens sont en place. Le groupe lève la tête pour signifier à Townsend qu’ils sont prêts. Ils sont proches les uns des autres afin de pouvoir se parler ou se faire signe, sauf Cobb perdu derrière sa batterie. Un tapis de câbles fourmille au sol, plusieurs enceintes et micros encombrent la salle. Les ingénieurs du son demandent un test micro avant de faire la balance puis c’est aux musiciens de jouer.

« Pour les jazzmen, un bon blues bien droit a de tout temps été le mode préféré d’assouplissement des doigts et des oreilles. C’est pour cette raison, et éventuellement pour lisser le poil hérissé de Wynton Kelly et minimiser son temps d’attente, que le premier titre que Miles Davis indiqua fut un blues élastique. »

Le premier morceau à être joué est « Freddie Freeloader ». Fred Tolbert est l’inspirateur de ce morceau. C’était un personnage haut en couleur qui travaillait comme barman et qui avait l’habitude de vivre sur le dos des gens d’où Freddie freeloader (Freddie le parasite).

Miles Davis, Kind of blue

Si vous tendez bien l’oreille, vous remarquerez, peut-être, le petit jeu de sonorité entre les deux saxophonistes. En effet, John Coltrane et Cannonball Adderley qui avaient l’habitude de jouer ensemble, prenaient un malin plaisir à travailler leur son de façon à ce que, lorsqu’ils jouaient l’un après l’autre, il ne soit pas facile de repérer le moment où le chorus du sax ténor termine et le chorus du sax alto démarre (so what), (dixit la bio de John Coltrane de Lewis Porter, éditions outre mesure). Personnellement, je trouve que c'est plus évident sur le morceau All Blues, même s'il est difficile de les confondre, mais c'est une affaire d'appréciation.

Kind of blue est considéré comme une œuvre majeure dans la carrière de Miles Davis, mais aussi dans l’histoire du jazz non seulement par la qualité esthétique de l’œuvre, le talent de chaque interprète mais aussi parce qu’il est un marqueur temporel pour la musique modale.

Si vous souhaitez en savoir plus, je vous invite à lire l’excellent ouvrage « Kind of blue, le making of du chef d’œuvre de Miles Davis », d’Ashley Kahn aux éditions le mot et le reste. Afin de compléter les biographies des musiciens, je vous conseille par ailleurs le dictionnaire du Jazz aux éditions Robert Laffont de Philippe Carles, André Clergeat, Jean-louis Comolli.

Cyrille Amiel

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Sylvie VERDIN 09/09/2016 17:01

Bravo pour cet article. Excellent choix pour ce musicien et pour écouter du bon jazz et du bon blues.

Cyrille Amiel 10/09/2016 05:32

Merci...

mobile marketing trends 09/09/2016 13:31

Bon article

Cyrille Amiel 09/09/2016 14:07

Merci ;-)