Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
blog de Cyrille Amiel

blog de Cyrille Amiel

Billets d'humeur, articles et chroniques consacrés à la littérature et à la musique

Le voleur d’ombres de Marc Levy

Le voleur d’ombres de Marc Levy

« Maintenant, assieds-toi, il faut que l’on parle, a dit l’ombre.

Je me suis assis en tailleur sur le sol.

- Tu as un pouvoir très rare, il faut que tu acceptes de t’en servir, même s’il te fait peur.

- Pourquoi faire ?

- Trouve pour ceux dont tu dérobes l’ombre cette petite lumière qui éclairera leur vie, un morceau de leur mémoire cachée, c’est tout ce que nous te demandons.

- Nous ?

- Nous les ombres, souffla celle à qui je m’adressais.

- J’ai souri, je comprenais très bien de quoi elle parlait. »

Mon avis :

Mon état d’esprit, lorsque je décidais de lire ce roman de Marc Lévy était celui d’un aventurier partant à la recherche du Saint Graal. J’étais animé par de vils instincts, un mélange de jalousie et d’envie. Je voulais, à travers ces quelques pages, percer son secret, la formule qui lui avait permis de devenir l’écrivain aux 20 millions de lectrices. Armé de mon seul courage, je m’engageais dans les méandres de sa pensée, guettant à chaque fin de phrase la trace, fut-elle fugitive d’une recette ou d’un mécanisme ingénieux permettant d’expliquer cet engouement incompréhensible pour moi.

Son récit, écrit à la première personne du singulier permet au lecteur de se projeter, d’accepter l’histoire comme faisant partie de lui-même. Marc Levy évoque des souvenirs communs, une expérience partagée, les peurs liées à l’enfance.

Un jeune garçon vit une rentrée de classe dans une école qu’il ne connaît pas.

Immédiatement, l’auteur s’adresse à l’écolier enfoui en nous. Même si, pour cela, il use d’artifices faciles, ils ont le mérite d’être efficaces. En effet, qui n’a pas déjà ressenti cette angoisse indescriptible à l’idée d’affronter le regard des autres, ces inconnus dont on croit deviner la cruauté ?

Marc Lévy ne perd pas de temps et décrit dès les premières pages la dramaturgie qu’il va développer tout au long du livre. Tel un prédateur machiavélique, il trace les contours de l’appât grâce auxquels, il va piéger les lectrices des magasines féminins.

L’amour impossible.

Son personnage principal, binoclar, chétif et complexé, aime la poésie et une jeune fille nommée Élisabeth. Son rival, un grand gaillard nommé Marquès, fort, sportif a pour seul passe-temps d’arracher les ailes des sauterelles.

Déjà, nous devinons le mouvement des engrenages d’une écriture rodée et parfaitement huilée, jouant avec nos émotions.

L’auteur convoque nos souvenirs et nous rappelle la fragilité de notre enfance.

Marc Levy évoque ce mal de vivre que nous avons tous ressenti, le besoin d’être aimé et de grandir.

L’auteur fait de ce récit un sentier cheminant à travers les difficultés de l’enfance et de l’adolescence mâtiné d’une rivalité amoureuse. Le personnage principal jalouse furieusement Marquès qui présente tous les atours liés à l’âge adulte. Tout ce qu’il n’est pas.

Marc Lévy pimente son histoire d’un soupçon de fantastique. Le jeune garçon subissant le sadisme de son opposant découvre peu à peu qu’il possède un pouvoir mystérieux : celui de rentrer en contact avec les ombres. Face à la rudesse et à l’implacable amoncellement de peine qui accablent le jeune garçon, ce lien fantasmagorique avec le monde de l’invisible va lui permettre de comprendre les pensées et la vie des gens qui l’entourent. Cette capacité à voir se révéler la face cachée des êtres est une façon habile d’exprimer le désespoir et la solitude. Armé de cette intelligence émotionnelle, le personnage principal que l’on devine être l’auteur lui-même va traverser sa vie d’enfant de l’école au grenier de sa maison en passant par le phare, lieu où prendra naissance son deuxième amour avec Cléa, la jeune sourde muette qui se révélera plus tard.

Dans la deuxième partie du livre, nous le retrouvons jeune adulte, interne dans un hôpital. Il sauve des vies et se sert de son « don » pour comprendre les maux qui accablent ses jeunes patients. Il vit une relation « d’amour/amitié » avec Sophie également étudiante en médecine. Mais, il ne se sent pas vraiment à l’aise dans cette relation car l’amour véritable n’est pas au rendez-vous. Le récit est émaillé par ses curieuses discussions avec les ombres et par sa complicité avec son ami d’enfance, Luc, qui partage ses aventures.

Bien évidemment, je ne vous révèlerai pas la fin du livre, mais ce que je peux vous assurer c’est que j’ai percé le secret de Marc Lévy. Vous savez, celui qui lui a permis de devenir l’un des écrivains le plus lu au monde.

Souhaitez-vous que je vous le livre ?

Pour connaître son secret, il faut comprendre ce que nous sommes. Nous pensons être des êtres humains, mais il n’en est rien. Nous sommes des violons et Marc Lévy est un musicien habile dans l’art de faire vibrer nos cordes.

Non, Lévy n’est pas un écrivain, un sculpteur de phrase, un ciseleur de mots. Il ne fait pas émerger à chaque page une source de savoir pleine de sens.

Il nous fait juste vibrer, nous rappelant au passage combien nous sommes des êtres sensibles.

Il nous rappelle qu'en chacun de nous, un enfant sommeille.

Cyrille Amiel

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

VERDIN SYLVIE 20/09/2016 13:10

Je ne connais pas ce livre mais ton commentaire donne envie de le lire...