Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
blog de Cyrille Amiel

blog de Cyrille Amiel

Billets d'humeur, articles et chroniques consacrés à la littérature et à la musique

L’EBM : Révolution ou cadeau empoisonné pour le monde de l’édition ?

L’EBM : Révolution ou cadeau empoisonné pour le monde de l’édition ?

Le Salon du livre de Paris 2016 a permis aux visiteurs de découvrir une imprimante révolutionnaire : l’EBM ou EXPRESSO BOOK MACHINE. Développée par le japonais RICOH et l’américain XEROX, cette imprimante est proposée exclusivement aux libraires. Elle est exploitée principalement par deux entreprises en France, IRENEO et ORSERY et permet d’imprimer des livres à la demande en quelques minutes seulement. Il suffit de commander l’ouvrage sur le net, de payer et la machine vous régurgite le bouquin dans l’instant.

On imagine bien l’avantage pour le commerçant puisque son emploi rend inutile le stockage des ouvrages et allège les chefs d’entreprises des frais de transports.

Toutefois, il leur faudra débourser 80 000 euros à l’achat ou 250 euros par mois pour la location de l’imprimante. De plus, il convient de rajouter les frais liés à l‘impression proprement dite, c’est à dire le coût du papier, de l’encre, la colle, l’électricité etc.…

Néanmoins, il y a fort à parier que la disparition d’une part, des frais d’approches notamment de livraison, et d’autre part, d’un besoin en fond de roulement lié à la nécessité de financer le stock de marchandises soient des raisons suffisantes pour rendre l’imprimante séduisante. Mais, me direz-vous, qu’en est-il des emplois de livreur et du chiffre d’affaire de l’imprimeur ?

En effet, si l’utilisation de cette imprimante se généralise, il n’est pas besoin d’être Nostradamus pour prédire des lendemains difficiles pour ces deux corporations. Est-ce moral de se réjouir de l’apparition d’une machine qui va être directement responsable de plusieurs milliers de licenciement ? Bien sûr, je vous entends déjà me traiter de passéiste, de Stalinien voire même de socialo-communiste voulant entraver la bonne marche du progrès.

Très bien, essayons de nous souvenir « d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître »…

L’EBM : Révolution ou cadeau empoisonné pour le monde de l’édition ?

Une vie sans internet et sans Smartphone. Vous souvenez-vous du téléphone et du minitel côte à côte sur votre bureau ?

À cette époque, celui qui possédait un ordinateur et une imprimante était considéré comme étant au top du top en matière de technologie !

Puis, ces machines ont évolué s’enrichissant de nouvelles fonctions comme le scanner et la photocopieuse. Qui aurait pu prévoir que nous aurions tous à la maison aujourd’hui, une photocopieuse, un scanner et une imprimante ?

Alors, pourquoi n’aurions-nous pas tous, d’ici peu, posé notre EBM à côté de la télévision ? Pourquoi ne pas commander notre livre directement sur catalogue et l’imprimer à la maison ?

L’achat de l’EBM serait amorti par le faible coût des livres numériques, oui, il n’est pas interdit d’en rêver, et il est probable que le prix des imprimantes finirait par baisser rendant l’achat possible pour les particuliers. Alors, nous pourrions savourer en paix cet expresso du matin tout en foulant les cendres des librairies sacrifiées sur l’autel de la modernité.

Nos amis libraires n’ont-ils pas d’eux-mêmes laissé entrer le cheval dans la bonne ville de Troie ? L’EBM est-il un cadeau empoisonné ou une véritable révolution ?

La plupart des progrès technologiques ont toujours remanié profondément le paysage social et cette imprimante bousculera sûrement nos habitudes, pour le meilleur et pour le pire.

Et vous, seriez-vous prêts à acheter une EBM ?

Cyrille AMIEL

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Marion 18/09/2016 23:07

N'exagérons rien pour les livreurs. Il y a suffisamment de camions sur les routes et ce ne sont pas tous des livres. Ce n'est pas la disparition des livres qui mettra cette profession en danger.

Les imprimeries par contre, c'est déjà fait depuis longtemps, avec les imprimantes personnelles d'ailleurs et les services sur le net. Celles qui impriment des livres peuvent disparaître, mais le système actuel de surproduction puis pilonnage est-il vraiment à défendre?

Les imprimantes (et les ordinateurs) occupaient la moitié d'une pièce avant de tenir sur un coin de bureau, voir, d'être emmenées en soirées pour les photos, (qui a pleuré la disparition des développeurs photo?) Donc, peut-être que ces EBM vont se démocratiser, et à 300 euros, oui, j'en achèterai peut-être une, mais combien de livres, une fois lu en numérique, developperont chez le lecteur le besoin de l'avoir en papier? Combien de livres la plupart des lecteurs lisent-ils, est-ce que cela justifirait l'achat (et la démocratisation) de l'EBM?

Je ne suis pas sûre qu'il y ait un besoin de cette EBM dans la maison, et à mon avis, elle resterait plus un service de libraire, d'impression de livres cadeaux ou mémorables. Ça peut même sauver les librairies si le livre numérique se développe enfin en France. Reste à savoir si les supermarchés et autre grandes surfaces ne vont pas les griller au poteau comme elles ont récupéré les bornes d'impression photo.

Carol 01/09/2016 15:29

Comme j'ai bien connu l'époque dont vous parlez, et même celle d'avant (la machine à écrire pas électrique, le papier carbone entre les feuilles, et le telex par exemple) je ne peux qu'être d'accord avec vous, sans nous voir comme des passéistes. Plutôt des réalistes. Je crois que je ne supporte plus tous ces changements trop rapides surtout. Et qu'y a t il de plus délicieux que de trainer entre des rayons de livres, neufs ou anciens? Je n'aurais certainement pas envie qu'on m'imprime un livre comme ça. Ma mère s'est mise sur le tard à la reliure. C'est beau. Ils ressembleront à quoi ces nouveaux livres en plus. Non, non et non. Je n'en veux pas de ces machines.

Cyrille Amiel 01/09/2016 15:36

:-) Bonjour Carol, il est vrai que le plaisir de musarder dans une librairie est unique.