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blog de Cyrille Amiel

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Billets d'humeur, articles et chroniques consacrés à la littérature et à la musique

Les origines de : Grimoire

Le saviez-vous ?

Cette rubrique est l’occasion d’explorer les mots mais aussi les expressions et les usages de notre quotidien afin d’en retrouver les origines sémantiques et/ou étymologiques.

Aujourd’hui, je vous propose de nous intéresser au mot : Grimoire.

Chacun sait qu’un grimoire est un livre de magie à l’usage des sorciers. (Petit Larousse, 2014). Mais, saviez-vous que les mots grimoire et grammaire sont tout deux issus du latin « grammatica » et du grec « grammatikê », science du bien écrire.

Au XIVème siècle, les deux mots « grimoire » et « grammaire » (grammare) avaient donc le même sens.

Par grammaire, on entendait aussi l’étude du latin, Gramatice loqi signifiant parler latin.

Les origines de : Grimoire

Puis, au fil du temps, les deux termes prirent un sens différent, celui que l’on connaît aujourd'hui.

Le grimoire définissant un ouvrage dont l’objet peut-être considéré comme une tentative de comprendre et de maîtriser l’univers de l’invisible.

La grammaire définissant un ensemble de règles organisant la science du langage.

Pourtant, à l’époque, la grammaire n’était pas seulement cet ensemble de règles. Elle était considérée, par exemple, par Boèce, comme un moyen de comprendre et d’atteindre le divin.

Au Moyen Age, la grammaire associée par Saint Augustin et Boèce à la dialectique et à la rhétorique forment ce qu’on appelle le trivium. Ainsi le trivium (grammaire, rhétorique, dialectique) formant les sciences du langage vient compléter le quadrivium rassemblant les disciplines scientifiques.

Le trivium formera avec le quadrivium (musique, arithmétique, géométrie, astronomie) un système doctrinal composé d’un ensemble de sept arts libéraux dont la pratique disposerait l’homme à la révélation divine.

Les origines de : Grimoire

Les travaux de Pythagore sur la musique semblent être à l’origine de ce système doctrinal. Le mathématicien atteste que le mouvement des sphères célestes dans l’éther produit des sons, expression des rapports numériques par lesquels se manifeste l’harmonie cosmique. Cette Harmonia Mundi (harmonie des sphères) est reprise au Moyen Age par, entre autre, Saint Augustin et Boèce. Elle sera adaptée à la vision théologique chrétienne pour représenter le rapport harmonieux entre Dieu et ses créatures.

Par des chemins différents les deux mots, grimoire et grammaire semblent s’être retrouvés en tant qu’outil de compréhension du divin ou du magique.

Au Moyen Age, si la grammaire est l’une des sciences du langage, le grimoire, traite d’une science qui semble s’écarter de la doctrine chrétienne. Il devient l’ouvrage d’un autre savoir parfois occulte, sinon étranger à l’univers chrétien. Les mots Grimoire et grammaire apparaissent là, non pas, comme les deux faces d’une même pièce mais comme deux façons de cerner l’incompréhensible. D’un côté, des lettrés versés dans l’art du langage et abordant un ensemble de symboles destinés à provoquer une élévation spirituelle, de l’autre, une science populaire, éloignée des sept arts libéraux mais animée par un même élan.

Les origines de : Grimoire

La grammaire apparaissait aux yeux du peuple non instruit comme une chose, hors de portée. Incompréhensible, elle était magique et on l’appelait grimoire. Compréhensible, elle devenait outil de révélation du Divin et on l’appelait grammaire.

Cyrille Amiel

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