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blog de Cyrille Amiel

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Billets d'humeur, articles et chroniques consacrés à la littérature et à la musique

Les origines de : Cornemuse

Le saviez-vous ?

Cette rubrique est l’occasion d’explorer les mots mais aussi les expressions et les usages de notre quotidien afin d’en retrouver les origines sémantiques et/ou étymologiques.

Le dictionnaire nous livre une définition sans surprise tant le mot est connu.

Cornemuse : Instrument à vent composé d’un sac de peau servant de réservoir d’air dans lequel sont fixés plusieurs tuyaux sonores à anches dont un, percé de trous, permet d’exécuter la mélodie.

On le classe dans la famille des aérophones à anches simple et double et réservoir d’air.

Le mot est constitué de « corner » qui, en ancien français signifie sonner de la corne et muse, jouer de la musette.

Mais, saviez-vous que le latin, nous donne d’une part, "chorus" dans le sens, pluralité des tuyaux associé à "musa" en référence à la noblesse de l’instrument (musette) et d’autre part "utriculus", petit ventre ou sac en cuir et utricularius, marchand/fabricant de cornemuse.

Il est amusant de rappeler que dans les régions du nord de la France, la racine « dond » évoque la rotondité et a vraisemblablement donné « dondaine » c’est à dire, une femme bien en chair ainsi qu'une sorte de cornemuse.

Ou encore, dans le Pas de Calais, en ancien français, le nom "turelure" qui semble avoir été le surnom d’un joueur de cornemuse et le nom donné à une personne dont l’épouse avait été infidèle. Nous retrouvons aussi le mot "turlier", en Saône-et-Loire, par exemple, qui désigne en moyen français un joueur de cornemuse.

Cet instrument, je suppose en lien avec sa forme, a souvent été associé au désir masculin. Il en est le symbole par exemple, dans la peinture flamande du XVIème siècle. Le tableau de Ian Sanders Van Hemessen, "le joueur de cornemuse et son épouse", peint vers 1540 en est une illustration parfaite. La cornemuse, portée et jouée par l’homme symbolise, donc son désir, tandis que son épouse lui tend de la nourriture et porte une cruche ouverte.

Les origines de : Cornemuse

« La vieille femme invite l’homme à gonfler son instrument vide et à partager avec elle la nourriture, qui fait partie des plaisirs des sens et des stratégies amoureuses. »

« Dans l’iconographie nordique de caractère moralisant, la cruche cassée ou abimée correspond à la perte de la virginité, tandis que la cruche vide avec un couvercle soulevé indique un fort désir sexuel que l’on veut assouvir. » (cf, La musique d'Alberto Ausoni, éditions Hazan)

La cornemuse semble être porteuse d’une double évocation symbolique, d’une part, elle figure les organes sexuels masculins et d’autre part son désir. Comme en témoigne un proverbe flamand chargé de connotations érotiques : « Il vaut mieux chanter avec une cornemuse bien gonflée ».

Le tableau de Jacob Jordaens, "le roi boit", vers 1640, Bruxelles, illustre bien ce proverbe.

La toile présente une scène de libation. Au centre, un roi ivre, désigné pour l’occasion afin de conduire la fête, préside la joyeuse compagnie, derrière lui un joueur de cornemuse s’échine à gonfler son instrument.

Les origines de : Cornemuse

De nouveau, la cornemuse est associée à l’ivresse des sens.

J’imagine que vous ne regarderez plus un sonneur de cornemuse de la même façon ?

Si cet instrument a indéniablement une connotation pastorale, il en est tout autrement pour la musette qui en incarne au XVIIème et XVIIIème siècle la version aristocratique. En effet, la musette est une variante française de la cornemuse et va être utilisée pour les divertissements et les ballets de la cour des Valois. Parmi les principaux constructeurs de musette, les membres des familles Hotteterre et Chédeville perfectionnent l’instrument réalisant des modèles d’une superbe facture, utilisant la soie pour le sac et l’ébène ou l’ivoire pour les tuyaux.

Enfin, grâce notamment aux compositeurs français, Rameau, Lully, Campra, pour ne citer qu’eux, la musette acquiert ses lettres de noblesses à travers des compositions évoquant des épisodes de caractère pastoral où la vie champêtre apparait transfigurée pour le plaisir des élites.

Notons que la musette a longtemps été l'instrument privilégié des fêtes populaires donnant son nom au fameux bal musette. La cornemuse française fut peu à peu remplacée par un instrument d'origine italienne, l'accordéon.

Aujourd’hui, tout en étant un emblème national et régional du monde celtique en particulier, associée au kilt, la cornemuse est toujours porteuse, de façon consciente ou inconsciente, des représentations symboliques du passé.

Cyrille Amiel

La Musique, d'Alberto Ausoni aux éditions Hazan.

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