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blog de Cyrille Amiel

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Billets d'humeur, articles et chroniques consacrés à la littérature et à la musique

Andréa H Japp, Entretiens avec une tueuse

Andréa H Japp, Entretiens avec une tueuse

Elle tue, on la paye. Son contact est un nommé Jean, il dirige le mystérieux « institut » où elle a été élevée, ou plutôt dresser à tuer.

Elle a vécu aussi dans une caravane, en compagnie de Marigold, une prostituée. Puis parmi une bande de drogués marginaux.

Rien ne lui fait peur. C’est sa vie. Elle n’en sait pas plus. Il y a pourtant quelques éclairs d’amour. Lorsqu’elle recueille Angel, le bébé d’une toxicomane. Et lorsqu’elle rencontre Thomas, un jeune journaliste désireux de recueillir ses confidences. Mais une vie placée sous le signe de la violence peut-elle jamais y échapper ?

Mon avis : Avec ce court récit de deux cents pages environ, l’auteur nous invite à plonger au cœur de la vie d’une tueuse. Le texte, écrit à la première personne du singulier, a pour objectif de provoquer une fusion entre le lecteur et Théa, le personnage principal.

Le « je » c’est « nous » et ce jeu d’écriture n’est pas sans provoquer un certain malaise tant la vie de cette femme est sordide, depuis sa prime enfance, passée seule dans les tunnels du métro jusqu’au déploiement de sa vie d’adulte. Rien ne nous est épargné.

Très tôt, l’enfant Théa est confronté à la nécessité de la survie. L’auteur nous présente un animal/humain, dénué de la parole et dont la seule préoccupation est de se nourrir.

Dès les premiers chapitres du livre, le postulat est posé : notre capacité à aimer dépend de l’amour dont nous avons bénéficié pendant notre enfance.

C’est bien, je crois, à travers ce thème de l’absence qu’ Andréa H. JAPP justifie l’inhumanité de son héroïne. L’absence de parents et d’amour familial, construit pour l’auteur, une personnalité incapable de tout attachement émotionnel. Il y a chez la « Théa » de JAPP quelque chose de Camus lorsqu’il décrit l’Etranger. Une distance, une fracture qui les coupe du reste de l’humanité et qui les rend monstrueux.

Alors, nous est présenté une femme, incapable d’empathie, et d’attachement. Elle tue ou fait l’amour sans être encombrée par le remord ou la morale. On dirait une femme qui n’est femme que sous la plume de l’écrivain puisqu’elle n’en porte aucun stigmate. Théa use des rapports sexuels mais ne tombe pas enceinte. Le seul enfant qu’elle élèvera sera celui d’une toxicomane.

De surcroît, l’auteur fait de son héroïne une sorte de surhomme affranchi des différences habituellement admises entre les deux sexes, c’est à dire, la force physique. Théa maîtrise physiquement les mâles, elle les domine.

Toutefois, à mi-parcours, Andréa H. JAPP semble prendre peur devant l’être qu’elle a mis au monde et paraît faire machine arrière en faisant naître de l’attachement pour Marigold et bien sûr, pour Angel, son enfant adoptif. Les raisons sont, peut-être à chercher dans le parcours de l’auteur ?

Andréa H.Japp m’apparaît comme un écrivain féministe et engagé. Ses héroïnes sont souvent des femmes fortes mais blessées, retrouvant dans la maternité une sorte de rédemption.

Le jeu de séduction entre Théa et Thomas, le jeune reporter qui vient l’interviewer, véritable fil rouge du récit, trouvera son sens au dénouement. Je vous invite à le découvrir.

Et vous ? Pensez-vous que nous ne puissions aimer qu'à la condition d'avoir été aimé pendant notre enfance ?

Cyrille Amiel

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